Révolution ou guerre n°7

(Semestriel - Février 2017)

AccueilVersion imprimable de cet article Version imprimable

Prise de position sur le texte du PCint (TCI) "Rôle et structure de l’organisation révolutionnaire"

La Tendance Communiste Internationaliste (TCI) a publié en anglais sur son site web un texte sur Le rôle et la structure de l’organisation révolutionnaire [1] que le PCint-Battaglia Comunista avait présenté pour la 2e Conférence des groupes de la Gauche communiste en 1978. L’introduction par la Communist Workers Organization, le groupe de la TCI en Grande-Bretagne, précise que cette publication « fait partie d’une discussion sur (…) le parti révolutionnaire au sein de la TCI [...et...] espère qu’elle relancera le débat sur les différentes questions qui se posent pour la formation d’un véritable parti international et internationaliste de classe ». Pour notre part, et en lien avec nos débats internes sur la question de la conscience de classe (cf. l’article précédant dans ce numéro), nous avons décidé de participer au débat de la TCI en nous prononçant formellement sur ce texte. Même si certaines formulations peuvent sembler datées car elles s’adressaient à des questions d’alors, ce texte fournit une base programmatique sur laquelle les groupes et militants se revendiquant aujourd’hui de la Gauche communiste devraient se prononcer. Pour notre part, nous en adoptons les points des deux premières parties que nous publions ici. La dernière partie de ce texte, La classe et le parti, sera reproduite dans le prochain numéro de cette revue. Outre le manque de place dans ce numéro, cette partie est celle qui pose le plus de questions en traitant les “ groupes communistes d’usine ” mis en avant par le PCint à l’époque. Nous y reviendrons donc dans Révolution ou Guerre #8.

Afin de faire participer le maximum de camarades à notre réflexion et au débat ouvert par la TCI, nous accompagnons notre publication du texte par des commentaires (résultant de notre discussion interne) sur chaque point qui sont entre crochets et en italique (et soulignés dans la version web). Certes, cette manière de faire a le désavantage de ne pas être exhaustive. Mais elle a le mérite de pointer clairement les accords et les niveaux de compréhension des questions tout en favorisant la réflexion et la discussion critique. Nous invitons donc le plus grand nombre, groupes, cercles, militants, sympathisants, à participer à ce débat à partir du texte de la TCI et ainsi à être facteur actif du “ regroupement ” autour de celle-ci, comme pôle de référence politique, en vue de développer au maximum les bases politiques pour le parti de demain.

Un dernier mot : nous n’avons pas complètement repris la traduction française réalisée à l’époque par le Courant Communiste International pour la conférence. Comme toute traduction d’un texte politique, la compréhension et le positionnement politiques déterminent aussi la qualité de la traduction quelles que soient l’honnêteté et la volonté du traducteur. La traduction originale, sans nul doute de qualité, n’en est pas moins affaiblie par la démarche encore nettement marquée par le conseillisme qui affectait cette organisation d’une part et d’autre part par l’ignorance de l’histoire du PCint en Italie depuis 1943 dont elle souffrait alors.

Le GIGC, février 2017

Le rôle et la structure de l’organisation révolutionnaire
(PCint-Battaglia Comunista, 1978)

Conscience communiste

Nous retenons comme acquis à la théorie révolutionnaire la position théorique élaborée par Marx dans L’idéologie allemande, confirmée par l’œuvre pratique et théorique de Lénine, reconfirmée par les deux premiers congrès de la 3e Internationale et dans la formation du Parti Communiste d’Italie, défendue par la Gauche italienne au sein du comité d’Entente et tout au long des années 1930 et 1940. Selon ces acquis :

[Nous partageons cette introduction car elle souligne la continuité théorique et programmatique du mouvement ouvrier en particulier de ses organisations politiques, ou parti, depuis la Ligue des communistes à nos jours. C’est un point fondamental qui démarque la Gauche communiste de nombreux courants et groupes politiques s’affichant comme révolutionnaires. Il ne s’agit pas là d’une question formelle, d’un “ fétichisme ” d’organisation, mais de la volonté de se réapproprier la méthode qui doit fonder la pensée et l’action des communistes, méthode que nous pouvons appeler “ méthode de parti ”]

1- Puisque l’histoire est l’histoire de la lutte des classes, c’est le prolétariat qui accomplira le pas décisif pour faire passer l’humanité du monde de la nécessité au monde de la liberté.

[Ce premier point réaffirme deux des principes essentiels du marxisme – la lutte des classes comme moteur de l’histoire et le prolétariat comme classe exploitée et révolutionnaire à la fois. Évidemment, sans réserve, nous le faisons nôtre]

2 – Le prolétariat ne peut conquérir progressivement une position de force au sein de la société capitaliste ; l’existence continuelle du mode de production capitaliste ne diminue pas progressivement le pouvoir de la bourgeoisie comme c’était le cas avec les précédentes classes ascendantes qui s’affrontaient aux classes exploiteuses précédentes. Au contraire, le pouvoir du capital sur la société tend à devenir absolu et s’exerce sur les couches les plus profondes de la société civile.

[Toujours basé à la fois sur l’expérience historique - ici la Commune de Paris – et sur la théorie marxiste et le programme communiste, ce point réaffirme le caractère révolutionnaire du prolétariat et rejette toute conception “ progressive ”, ou “ réformiste “ du processus menant au socialisme par le biais de réformes ou de positions acquises tel que la gauche bourgeoise en général, les partis socialistes, et surtout le gauchisme stalinien, trotskyste et anarchiste, le défendent sous une forme ou une autre. La tendance à la domination absolue du capital ne fait que confirmer cette exigence d’affrontement à l’État capitaliste et de rupture révolutionnaire active.]

3- Dès l’existence même d’une classe dans une position forcée d’antagonisme décisif contre d’autres classes « surgit la conscience de la nécessité d’une révolution radicale, conscience qui est la conscience communiste » (K. Marx, L’idéologie allemande, www.marxists.org).

[La révolution prolétarienne fait appel à la conscience et il s’agit de la conscience communiste. Il est tout aussi important de relever que le texte se fonde sur L’idéologie allemande œuvre dans laquelle K. Marx développe sans doute le plus profondément sur la conscience de classe. À ce titre, il s’agit d’un ouvrage théorique de la plus haute importance pour le mouvement communiste.]

4- C’est lors de périodes de crise, quand la bourgeoisie n’est plus capable de contrôler l’explosion des contradictions inhérentes à son mode de production et à ses relations sociales, que la possibilité d’un renversement révolutionnaire du pouvoir bourgeois est mis à l’ordre du jour historique.

[Nous sommes globalement d’accord. Mais il nous semble que la formulation reste un peu trop floue. En effet, on ne sait pas quand, ou dans quelles conditions (hormis une “ période de crise ”), la bourgeoisie n’est plus capable de contrôler l’explosion des contradictions du capitalisme. C’est plus clair dans la formulation de Lénine, parce qu’elle réintroduit la notion de lutte des classes, lorsqu’il dit dans La maladie infantile du communisme « que c’est seulement lorsque “ ceux d’en bas ” ne veulent plus et que “ ceux d’en haut ” ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher ». N’en reste pas moins complètement valable le fait que la révolution n’est pas possible à tout moment et qu’il faut que les conditions historiques objectives et subjectives soient réunies pour qu’elle puisse avoir lieu avec succès]

5- La révolution « n’est donc pas seulement rendue nécessaire parce qu’elle est le seul moyen de renverser la classe dominante, elle l’est également parce que seule une révolution permettra à la classe qui renverse l’autre de balayer toute la pourriture du vieux système qui lui colle après et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles » (idem). Et « Une transformation massive des hommes s’avère nécessaire pour la création en masse de cette conscience communiste, comme aussi pour mener la chose elle-même à bien ; or, une telle transformation ne peut s’opérer que par un mouvement pratique, par une révolution » (idem).

[Encore une fois, le PCint s’appuie avec raison sur L’idéologie allemande. Le processus qui mène le prolétariat à la révolution est un processus au cours duquel c’est la classe prolétarienne comme un tout qui, en luttant contre le capitalisme et ensuite en le détruisant, « par un mouvement pratique », acquiert “ en masses” la conscience communiste]

6- Durant la période qui précède et durant le processus révolutionnaire lui-même, la conscience communiste est portée par une minorité d’individus de la classe ouvrière et d’autres classes. Mais elle provient de l’existence même du prolétariat, de la nature objective des antagonismes de classe, et se réfère continuellement à lui. Elle tire sa force et sa nature matérialiste de cette situation objective et est ainsi le patrimoine de l’ensemble de la classe.

[En parlant de « la création en masse de cette conscience communiste (…) par une révolution » K. Marx distingue deux dimensions de la conscience communiste, sa profondeur – le programme communiste – et son extension dans les grandes masses prolétariennes. Tant que cette « création en masse » n’est pas acquise, la conscience communiste reste “ portée ” [2] par une minorité plus ou moins grande de révolutionnaires. Pour autant, la conscience de classe n’est pas extérieure à la classe puisqu’elle provient de son existence même. Ce point fournit la base pour comprendre la question du parti. Celui-ci est inhérent à la classe précisément parce que sa conscience est hétérogène. Donc une partie en son sein est plus consciente d’où son importance et sa responsabilité particulières. Cette position fondamentale se base sur la compréhension matérialiste des rapports de production capitaliste et en particulier sur le fait que la concurrence capitaliste tend aussi à mettre en concurrence les prolétaires entre eux en tant que force de travail.]

7- Comme expression du mouvement historique et du programme du prolétariat, la conscience communiste ne peut être définie comme “ idéologie ” dans le sens marxiste. Au contraire, c’est l’instrument le plus complet pour comprendre la réalité sociale et économique comme un tout car son but est de changer cette réalité elle-même. Tandis que la conscience de la bourgeoisie révolutionnaire était dirigée contre les aspects externes du pouvoir aristocratique et était basée sur la nécessité de substituer une classe exploiteuse par une autre (la bourgeoisie), la conscience communiste est dirigée contre la nature de classe de la société présente et de toutes les sociétés antérieures : son but est l’élimination des divisions de classe. Ce n’est pas la dernière théorie dans le sens propre du terme mais c’est certainement la dernière théorie révolutionnaire. La preuve en est que les idéologies qui se sont détachées du marxisme révolutionnaire dans les pays soit-disant “ socialistes ” (qui sont pour les communistes des formes de capitalisme d’État pleinement intégrées dans les alignements internationaux de la classe ennemie) reprennent voie, parfois mal, les voies traditionnelles de l’idéologie bourgeoise classique.

[Nous partageons ce point à l’exception de la dernière phrase. Il est plus juste et précis de parler d’abandon et de trahison du marxisme par les partis communistes staliniens. Le terme “ se sont détachés ” pourrait laisser entendre que leur “ réflexion ” aurait évolué à partir du marxisme, presque en continuité avec lui, ce que les partis de gauche et gauchistes actuels affirment et que les communistes doivent dénoncer et combattre. Sans doute, le texte datant de 1978, s’agit-il là d’une formulation que la TCI (et le PCint) ne reprendrait pas à son compte aujourd’hui.]

8- Le rapport qui lie la classe à sa conscience communiste est le même que celui qui lie la classe à son exercice futur de sa dictature du prolétariat : il réside dans les contradictions sociales et économiques objectives, dans la dynamique même de l’histoire. Il ne sera pas présent dans les esprits et la psychologie de tous les prolétaires tant qu’ils ne seront pas prêts à réaliser leur propre histoire.

[La première phrase est très importante car elle s’appuie sur une compréhension “ dialectique et matérialiste ” du devenir historique comme facteur matériel du présent et qu’elle exprime la compréhension du lien entre la perspective révolutionnaire finale et le développement de la conscience de classe. Tout aussi importante est la deuxième partie qui distingue de nouveau la conscience communiste et son étendue dans la classe comme un tout]

9- Il faut définitivement rejeter et lutter contre la théorie – étrangère au marxisme et typique de l’idéalisme petit-bourgeois – qui défend que la conscience communiste peut se développer et se généraliser en dehors du processus révolutionnaire lui-même. Elle est basée sur le principe idéaliste de la supériorité des idées et elle ne peut que tromper les révolutionnaires potentiels par une vision impossible de la réalité, en les éloignant de leur tâche inévitable comme communistes et en entravant leur travail.

[Le texte s’appuie ici précisément sur ce que K. Marx développe en particulier dans l’Idéologie allemande [3], le texte rejette l’idéalisme – comme démarche et méthode de compréhension. Il en souligne le danger, en particulier celui d’ignorer le combat révolutionnaire pratique mené par le prolétariat international comme classe en particulier dans sa dimension politique, c’est-à-dire dans son affrontement permanent aux forces politiques de la classe capitaliste “ en milieu ouvrier ” tels les syndicats et les partis de gauche et gauchistes].

10- Cette thèse fondamentalement anti-marxiste a été adoptée par le mouvement communiste de conseil qui, partant d’une évaluation erronée du processus de révolution et contre-révolution en Russie, est arrivé à des positions étrangères et opposées à celle du mouvement communiste.

[Ce point, ainsi que le précédent, rejette clairement l’apolitisme et l’économisme combattu en son temps par Lénine. Aujourd’hui, c’est l’anarchisme tout comme le courant “ conseilliste ” issu du “ mouvement communiste de conseil ” des années 1930, qui sont les porteurs de ce même apolitisme qu’il faut combattre. En particulier, ce courant dénonce l’expérience de la révolution russe et du parti bolchevique comme ayant été des expériences bourgeoises. Il est ainsi amené à rejeter des acquis théoriques et politiques fondamentaux de l’expérience révolutionnaire russe et européenne des années 1917-1923 tel le rapport du prolétariat à l’État capitaliste et à l’État issu de l’insurrection ouvrière, c’est-à-dire celui de la période de transition du capitalisme au communisme, sur l’exercice de sa dictature de classe ; tout comme sur le rôle de direction politique du parti dans le processus révolutionnaire et sur l’insurrection ouvrière et l’affrontement à l’État.]

11- Une position proche de celle du mouvement communiste de conseil et qui doit aussi être rejetée, reconnaît que seul le processus révolutionnaire peut rendre possible que la conscience communiste se généralise mais qui réduit cela à “ la conscience de la nécessité de la révolution ”, renonçant ainsi à la lutte organisée contre les forces hautement organisées de la bourgeoisie ; bien que les tenants de cette position parlent de révolution, ils œuvrent en fait pour la préservation du capitalisme et pour l’hégémonie d’un des deux blocs impérialistes.

[Certaines parties de ce courant, groupes ou cercles politiques, ne s’affichent pas comme “ conseillistes ”, voire se revendiquent de “ toutes les gauches communistes ”, parfois même de la Gauche communiste d’Italie et en arrivent même à « parler de révolution » et de parti. En réduisant la conscience à la seule nécessité de la révolution, elles réduisent le rôle des communistes à la seule propagande pour “ l’idée de la révolution car nécessaire ”. Ainsi, elles ignorent la dimension politique concrète de chaque combat quotidien de la lutte prolétarienne – quelle qu’en soit son étendue et sa profondeur – dans lequel, par définition, comme éléments les plus “ conscients ” parce que “ portant ” le programme communiste, les groupes communistes et le parti ont un rôle essentiel permanent et crucial à jouer. Le résultat en est qu’elles repoussent à “ demain ”, à la révolution, la constitution du parti théorisant ainsi une attitude passive et souvent hostile au processus concret y menant. Cette vision oppose la dimension spontanée du combat de classe à sa dimension politique sans en voir le lien dynamique (dialectique) [4]. Dans ce sens, et même si le texte du PCint répond à la situation impérialiste de 1978, le constat du caractère “ négatif ” du conseillisme sous toutes ses formes pour la lutte prolétarienne est plus que jamais d’actualité.]

12- De même, nous devons rejeter la position selon laquelle la conscience communiste, l’héritage complet des principes, des thèses, et les positions pointant vers la révolution communiste, est donnée une fois pour toutes, et ne change pas d’une phase historique du mouvement à une autre. Ceux qui gravitent autour de cette position oublient que la conscience communiste est directement liée à la classe et à l’expérience qu’elle vit objectivement dans sa subordination au capital. Ils oublient donc que les thèses et positions doivent se modifier avec les changements de la situation réelle dans laquelle vit la classe. Le problème principal est de reconnaître les caractéristiques de la lutte de classe au travers de tous ces changements et d’en tirer les leçons nécessaires. Naturellement, toutes les variations dans le mode de production capitaliste ne peuvent, malgré les théories bourgeoises des partis communistes nationaux, modifier la substance de fond de la société de classe, sur le fait que le prolétariat est, et reste, la classe qui reste exploitée économiquement et socialement socialement et politiquement dominée .

[Ce point est tout aussi important car il rejette la vision d’invariance du programme communiste telle qu’elle fut développée par le courant dit “ bordiguiste ” issu du PCint après la scission de 1952 et qui transforme le programme et les positions en dogme et non en méthode d’action. Il insiste beaucoup sur les changements qui peuvent avoir lieu dans la classe. Le programme peut et doit s’enrichir des expériences historiques – succès (temporaires) et défaites – et du mouvement de la classe révolutionnaire.]

L’organisation des révolutionnaires : le parti

1- Dans toute la période menant à la révolution, et même durant la phase initiale de la révolution elle-même, la conscience communiste est portée par une minorité ; c’est-à-dire que seule une minorité possède et agit sur la base de cette conscience. C’est un fait réel et concret au-delà de toute discussion. Cette minorité a le devoir de forger les outils nécessaires à la classe pour qu’elle développe, dans les moments de crise du mode de production capitaliste, ce “ mouvement pratique ”, la révolution – le seul moyen pour que la conscience communiste de masse mûrisse dans la classe elle-même. Dans le sens le plus complet, l’organisation de la minorité révolutionnaire est le parti.

[Nous sommes d’accord avec ce point qui est très important. Il n’est que l’application conséquente du point 6 de la première partie. En particulier, et même si le PCint ne reprend pas notre formulation, il introduit la distinction entre deux dimensions de la conscience de classe : la conscience communiste portée « par une minorité » et « la conscience communiste de masse », c’est-à-dire entre la conscience de classe (le programme communiste) et son extension plus ou moins élargie dans la classe comme un tout, dans ses masses, selon les moments et le développement de la lutte entre les classes. Cette distinction est essentielle pour pouvoir fonder et comprendre l’existence, la nécessité et le rôle réel du parti comme organe de direction politique de la classe]

2- Le parti a la tâche permanente de redonner à la classe le patrimoine entier de thèses, principes, et expressions de la lutte pour le communisme tels que la conscience communiste les a développés à partir des expériences que la classe ouvrière a elle-même vécues.

[On voit très bien le lien étroit entre le parti et la classe et la tâche principale, fondamentale, du premier. Le parti ne peut rien faire sans l’expérience historique de la classe. Il en tire ses positions. Mais la classe est impuissante si le parti n’agit pas, ou plutôt ne lutte pas, pour “ redonner ”, “ renvoyer ”, à la classe son patrimoine théorique, de principes et de positions politiques]

3- Le parti est donc le medium à travers lequel s’exprime le rapport entre la classe et sa conscience pour tout l’arc historique de l’existence du capitalisme et durant la période de transition du capitalisme au communisme.

[Nous sommes d’accord sur le lien entre le parti, la classe et sa conscience, sachant que le parti est une partie de la classe. De même, nous sommes d’accord – et voulons insister – sur le fait que ce rapport entre la classe et sa conscience ne se pose pas seulement lors des périodes révolutionnaires mais aussi, et de manière permanente, tout au long de l’histoire, « de l’arc historique », du capitalisme et donc du prolétariat, force de travail exploitée et révolutionnaire à la fois, et cela y compris durant la période de transition du capitalisme au communisme tant que les classes n’ont pas été totalement supprimées, c’est-à-dire tant que toute l’humanité n’a pas été intégrée au prolétariat ce qui sanctionnerait à son tour sa disparition comme classe.]

4- La prise du pouvoir par la classe ouvrière, et donc le début de la révolution pour l’ensemble de la société, est possible uniquement durant les crises du capitalisme et quand la classe reconnaît ses propres intérêts historiques dans les principes et le programme des révolutionnaires ; quand, durant l’assaut contre l’État bourgeois, elle se rassemble autour du parti et de son programme.

[Nous sommes d’accord même s’il faudrait préciser au moins deux points : la prise du pouvoir n’est possible qu’après qu’ait existé une période de double pouvoir entre l’État bourgeois et les conseils ouvriers comme organes de l’insurrection et de la dictature du prolétariat à venir – leçon historique (positive) de la révolution russe de 1917 et (négative) de la révolution allemande de 1918-1919 ; s’il est fondamental que la classe se rassemble autour du parti et de son programme pour la prise de pouvoir, cela ne veut pas dire qu’elle adopte déjà dans son ensemble le programme comme tel. Il ne faudrait pas conclure de ce point que le parti n’a qu’à exhiber son programme et le jour où le prolétariat accepte celui-ci, ce serait mécaniquement la révolution. Pour que le prolétariat puisse adopter son programme et se regrouper autour de la force matérielle qui l’exprime, le parti, il convient que les communistes – déjà regroupés en parti ou non – soient partie-prenante de tout le processus de prise de conscience.]

5- Les hauts et les bas de l’organisation-parti reflètent fidèlement les hauts et les bas de la vie de la classe. Elle disparaît presque durant les périodes de profond reflux quand la bourgeoisie règne en maître au niveau économique et politique. Mais tout comme l’antagonisme objectif entre les classes ne peut jamais disparaître, la conscience communiste qui est nourrie par cet antagonisme ne peut jamais non plus disparaître. Elle peut pourtant être réduite au point où l’organisation des révolutionnaires semble avoir disparue. C’est particulièrement le cas quand la défaite de la classe mène à la peur et à la désillusion dans les rangs des révolutionnaires eux-mêmes et donc à la confusion et à l’aberration au niveau de la conscience communiste. Ce fut confirmé en Italie dans la période autour de 1948 quand la victoire définitive du stalinisme [5] – qui a désarmé la classe et mené à reforger ses propres chaînes – provoqua la division dans les rangs de l’organisation unifiée, le Parti Communiste Internationaliste, qui avait surgi en 1943 comme réponse à un possible réveil de la classe de la profonde dépression du stalinisme.

[Nous sommes particulièrement d’accord avec le fait que la conscience de classe ne peut jamais disparaître même si son extension dans les masses est extrêmement réduite et minoritaire. Par ailleurs, les “ bas ” de la vie de la classe ne sont pas tant les dominations au niveau économique et politique – qui existeront tant que n’auront pas été détruits le mode de production capitaliste pour la première et le pouvoir d’État capitaliste pour la seconde – mais surtout dans la domination idéologique bourgeoise massive. Enfin, ce point pose la question du maintien de l’existence du PCint “ comme Parti ” comme tel après la « victoire définitive du stalinisme ». Nous n’avons pas abordé cette question, juste mentionné, lors de nos discussions internes. Elle peut sembler aujourd’hui d’ordre secondaire pour ce qui est de l’existence du Partito Comunista Internazionalista depuis 1943 à nos jours d’autant que la TCI affirme clairement de ne pas être le parti. À ce titre, nous ne sommes pas sûrs qu’elle représente un véritable enjeu politique aujourd’hui, encore moins une divergence de principe.]

6- L’existence de plusieurs organisations revendiquant le titre de parti n’affaiblit en rien la continuité du parti et la nécessité pour les militants de le défendre. Telle fut la tâche des camarades de la fraction de gauche en France et Belgique vis-à-vis du parti fondé à Livourne en 1921 tout au long de la période dans laquelle la 3e Internationale et le pouvoir des soviets n’avaient pas encore, selon leur estimation, terminé leur cycle de dégénérescence. Il s’achève avec la participation de l’Union soviétique à la guerre d’Espagne comme agent de la contre-révolution et dans un des blocs dans la guerre impérialiste mondiale. La défense de la continuité révolutionnaire se cristallisa alors dans le nouveau Parti Communiste Internationaliste qui réunifia dans ses thèses et programme tout le corpus d’expérience et d’élaboration de la période précédente. Le fait que ce parti se divisa par la suite en deux troncs [6] et que l’un d’entre eux donna vie à des groupes et courants qui furent souvent ouvertement contre-révolutionnaires (nous pensons à Invariance) [7] n’a pas mené à la disparition totale ou à la trahison des bases du programme de 1943.

[Nous sommes d’accord avec ce point et en particulier la première phrase. De même, nous partageons et considérons comme point fondamental de méthode et de combat « la défense de la continuité révolutionnaire ». Pour ce qui concerne la Gauche communiste dite “ italienne ”, elle va du congrès de fondation du PC d’Italie en 1921 jusqu’à la fondation du PCint en 1943, en passant par le Comité d’Entente (1925) annonçant le combat de fraction, la fraction “ italienne ” en France et Belgique dans les années 1930 autour de la revue Bilan, et durant la guerre. Il convient ici de rappeler que, à l’annonce de la constitution du parti en Italie, la fraction italienne à l’étranger se prononce en accord avec la constitution du parti. Nous pensons que la constitution du Parti en 1943 était dictée, justifiée et donc nécessaire par les circonstances prévalant alors en Italie du fait du mouvement de la classe ouvrière d’une part et, d’autre part, dans l’attente de réactions ouvrières en Europe dont certaines expressions étaient déjà apparues, particulièrement en Allemagne, à l’image de ce qui s’était passé en 1917-1919. Le fait que ce schéma ne se soit pas reproduit n’enlève rien à la validité de cette constitution même si, par la suite, le parti “ formel ” a perdu sa raison d’être du fait du recul prolétarien qui a suivi.]

7- Même si nous ne pouvons exclure la possibilité d’un soulèvement révolutionnaire dans un pays sous la direction d’un parti “ national ” à un moment où le parti mondial du prolétariat ne serait pas encore formé, l’expérience historique passée et la concentration croissante supra-nationale de l’impérialisme nous enseigne que les révolutionnaires doivent chercher à forger le parti international sur la base de la plateforme théorique et programmatique exprimée par la conscience communiste des révolutionnaires depuis un demi siècle. À la supranationalité du capital, c’est-à-dire les intérêts de classe identiques de la bourgeoisie dans tous les pays, s’oppose la supranationalité des intérêts prolétariens. Une révolution qui est victorieuse dans un seul pays ne survivra pas longtemps si elle n’a pas l’active solidarité du prolétariat mondial, non seulement au niveau défensif, mais aussi au moyen de l’assaut révolutionnaire contre tout le système capitaliste. Le parti mondial de la révolution est essentiel à l’exécution de ce plan stratégique vital et, parce qu’il se voue à l’assaut généralisé contre le capital, il subordonnera à ce plan la tactique de sa section dans le pays où la révolution a éclaté en premier et a vaincu.

[Subordonner les orientations politiques tactiques “ nationales ” (ou territoriales) aux exigences de l’extension internationale de la révolution est une question de principe que seule, parmi les oppositions à la dégénérescence de l’Internationale Communiste, la Gauche italienne a défendue et portée de manière pratique et conséquente contre le parti russe et l’Internationale en voie de stalinisation. Nous avons une réserve sur ce point lorsqu’il envisage la possibilité d’un parti “ national ” qui demande à être discuté et clarifié.]

8- C’est la perspective que le parti aura pour son travail international. La supranationalité des intérêts prolétarien et la stratégie du parti se reflétera dans l’organisation centralisée du parti. Le parti est l’instrument indispensable de la révolution prolétarienne car seul le parti peut incorporer dans sa plateforme politique programmatique les développements en cours provenant de la situation objective de la classe, développements qui autrement resteraient extrêmement incohérents et des proies faciles pour le sectarisme et le corporatisme – les deux étant des expressions de l’idéologie bourgeoise – avant même d’être frappé par la répression de l’État bourgeois. Il est essentiel que le parti soit solidement regroupé autour de ses positions centrales, qu’il soit organisé sur le principe du centralisme et non du fédéralisme. Tout comme la classe transmet au parti les multiples et parfois contradictoires expériences pour qu’il les élabore dans un programme unifié et le retourne à la classe, au sein du parti lui-même les expériences de l’activité militante et les positions stratégiques et tactiques peuvent aller de la périphérie vers le centre et retourner vers la périphérie.

[La question de l’organisation et du fonctionnement centralisé internationalement du parti n’est pas qu’une simple question “ organisationnelle ” : une des leçons transmises par la “ gauche italienne ”, est précisément que cette centralisation se base sur l’unité et l’homogénéité politique « autour de ses positions centrales » ce qui requiert le développement permanent d’une vie politique interne parcourant l’ensemble du parti. Pour notre part, nous considérons que ce mode de fonctionnement centralisé au niveau international doit déjà être développé dans la vie et le développement des groupes communistes actuels. Ceux-ci ne peuvent se considérer comme des expressions locales ou nationales mais directement comme des expressions du prolétariat international quelles que soient leurs limites géographiques. Il ne s’agit donc pas simplement d’une question “ de fonctionnement d’organisation ” mais d’une méthode d’action et de pensée indispensable appliquant le principe de l’internationalisme prolétarien au quotidien]

(Fin de la première partie du texte du PCint)

Accueil


Notes:

[2. Nous avons traduit “ è portata ” (“ est portée ”) du texte italien d’origine qui correspond plus à notre compréhension du rôle dynamique spécifique des communistes que notre compréhension de la version anglaise publiée par la CWO qui utilise “ is found ” (“ se trouve ”).

[3. « Comme, dans leur imagination, les rapports des hommes, tous leurs faits et gestes, leurs chaînes et leurs limites sont des produits de leur conscience, les jeunes-hégéliens, logiques avec eux-mêmes, proposent aux hommes ce postulat moral : troquer leur conscience actuelle contre la conscience humaine, critique ou égoïste, et ce faisant, abolir leurs limites. Exiger ainsi la transformation de la conscience revient à interpréter différemment ce qui existe, c’est-à-dire à l’accepter au moyen d’une interprétation différente » (Marx, L’idéologie allemande).

[4. « Plus grand est l’élan spontané des masses, plus le mouvement prend d’extension, et plus vite encore s’affirme la nécessité d’une haute conscience dans le travail théorique, politique et d’organisation de la social-démocratie [des organisations communistes et du parti] » (Lénine, Que faire ?).

[5. Le stalinisme était clairement victorieux en 1928 en URSS mais on se réfère au rôle du Parti communiste italien réformé sous la direction de l’homme de main loyal à Staline, Togliatti, pour établir la paix sociale en Italie dans la période d’après-guerre [Note de la CWO].

[6. C’est une référence à Bordiga et à la rupture des bordiguistes avec le Parti communiste internationaliste (Battaglia comunista) en 1951-52. Un prochain article soulignera les divergences organisationnelles entre les deux tendances mais des précisions sur la rupture peuvent être trouvées dans Bordiga, au-delà du mythe par O. Damen.

[7. Invariance fut la première scission dans le camp bordiguiste (en 1966, mais il y en a beaucoup depuis) et la seule du vivant de Bordiga. Menée par Jacques Camatte, elle dénonça les bordiguistes pour leur virage opportuniste “ activiste ”. Finalement, Camatte conclut que toutes les organisations politiques étaient des “ rackets ” et que la classe ouvrière était une “ classe pour le capital ” sans espoir de faire la révolution.