Révolution ou guerre n°8

(Semestriel - Septembre 2017)

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Sur le rôle et la structure de l’organisation révolutionnaire (PCInt, 1978)

Sur les organes intermédiaires entre le parti et la classe ouvrière

Nous publions ici la dernière partie du texte du PCInt-Battaglia Comunista (Tendance Communiste Internationale www.leftcom.org) sur Le rôle et la structure de l’organisation révolutionnaire de 1978. Dans le numéro précédent, nous avions accompagné chaque point des deux premières parties du texte avec notre prise de position que nos discussions internes nous avaient permis d’adopter de manière homogène. Nous avions ainsi pu nous prononcer en accord général avec ces points. La partie finale reprise ici traite des organes intermédiaires entre le parti et la classe ouvrière sur la base de l’expérience historique du PCInt avec les groupes communistes d’usine dans les années 1940-50 ou encore les groupes communistes territoriaux mis en place ces dernières décennies. C’est sans doute sur ce point que le débat que le groupe britannique de la TCI, la CWO, appelait de ces vœux lors de la publication récente de ce texte en anglais, soulève le plus d’interrogations, de nuances, voire de désaccords au sein du camp prolétarien dans son ensemble et entre notre sein. La TCI elle-même a dû préciser et adapter son approche de la question au fil du temps et des expériences comme le souligne la note que la CWO a ajouté au document. La TCI a raison de souligner que la question des organes intermédiaires fait partie intégrante de la compréhension du rôle des révolutionnaires et, plus précisément, du parti. Qu’il s’agisse d’organes que le parti met en place de sa propre initiative, groupes communistes d’usine ou territoriaux,ou bien encore de comités de lutte ou d’action (quel que soit le nom qu’ils se donnent) qui regroupent des minorités d’ouvriers combatifs et désireux de s’organiser pour les mobilisations de classe. Nul doute que les deux apparaîtront et s’imposeront comme des moyens du combat de classe lors des confrontations massives entre les classes qui viennent. Lors des mobilisations ouvrières françaises massives de 2010, par exemple, des organes de ce type avaient ressurgi tel l’ “ Assemblée Générale interpro ” qui, de fait, n’était pas une “ assemblée générale unitaire ” de la classe mais un “ comité de lutte ” très large.

Pour notre part, tout en partageant la démarche politique du texte, y inclus de cette partie, nous ne sommes pas en capacité aujourd’hui de prendre collectivement une position sur certains points précis et arguments. Nous continuons à nous interroger sur les “ comités de lutte ” (pour labelliser une forme d’organe) qui seraient le produit direct émanant de minorités de la classe ouvrière et “ groupes communistes d’usine ou territoriaux ” qui seraient à l’initiative du parti ou des groupes communistes. Il ne s’agit pas d’opposer les uns aux autres bien évidemment, mais de saisir dans quelle mesure et dans quel cadre politique les communistes aujourd’hui peuvent (ont la force de…) de mettre en place les organes de deuxième type. En attendant, nous publions à la suite de ce texte une contribution individuelle “ interne ” afin de faire participer le maximum de lecteurs et de militants communistes à notre propre réflexion et au débat avec la TCI.

Le rôle et la structure de l’organisation révolutionnaire (PCint-Battaglia Comunista, 1978, 2e partie)

I. 1- Les thèses selon lesquelles le parti se forge immédiatement avant la révolution et même durant celle-ci, déforment complètement le concept de parti. Si en réalité la classe est capable de mener à bien une offensive révolutionnaire – qui demande un niveau particulier d’homogénéité politique dans la classe – sans l’intervention du facteur politique unifiant représenté par le parti, alors le parti lui-même est superflu. Si c’est la classe qui, à un certain moment du développement de sa lutte “ s’équipe elle-même ” avec le parti, alors celui-ci devient un instrument opérationnel sans aucun rapport avec le problème de la conscience. Une fois encore, on en revient aux fameuses thèses des conseillistes.

2- C’est pourquoi il faut combattre au sein du mouvement de la Gauche communiste contre la conception qui, bien que reconnaissant la nécessité du parti pour mener à bien la révolution, repousse la constitution du parti (ou de l’organisation des révolutionnaires comme certains camarades préfèrent l’exprimer) à une époque plus “ mûre ”.

3- Nous avons vu qu’une des tâches essentielles du parti est de se doter des instruments opérationnels qui peuvent de la manière la plus concrète possible retourner à la classe le programme de l’émancipation de la classe ouvrière élaboré par le parti sur la base de l’expérience historique et de l’existence du prolétariat. La formule “ le parti agit comme une partie de la classe dans la classe elle-même ” ne dit rien car tout ce qu’elle signifie est que les militants révolutionnaires font partie de la lutte prolétarienne là où il leur arrive d’être présents et donc lui apportent les positions critiques et les orientations générales du parti. Cela est nécessaire mais pas suffisant si le parti doit remplir son rôle comme guide, sauf si quelqu’un dit que le parti va connaître une croissance numérique telle qu’il aura une présence massive partout ce qui contredit l’idée générale selon laquelle il est une “ minorité ” de la classe.


70 ans contre vents et marées, 70 ans d’histoire du PCI - Battaglia Comunista au travers de ses principaux documents programmatiques (en italien). À commander à la TCI : info@leftcom.org]

4- C’est un principe révolutionnaire définitivement acquis que des organes intermédiaires entre le parti et la classe doivent exister pour toute la période avant et après l’offensive révolutionnaire. Ce sont des organes que le parti utilise pour étendre autant que possible l’influence de sa plateforme et de ses orientations dans toute la classe. La classe se meut et lutte au niveau économique ou, on peut dire, des revendications contractuelles. Seuls les révolutionnaires ont conscience des limites de ces luttes, de leur insuffisance pour l’émancipation de la classe. Les communistes se distinguent de la masse des travailleurs par le fait que même lorsqu’ils combattent au côté de l’ensemble de la classe dans ses luttes défensives, ils dénoncent les limites de ces luttes et les utilisent pour faire de la propagande sur la nécessité de la révolution. Il s’agit pour les communistes de lier les luttes de la classe ouvrière à la stratégie politique d’ensemble pour l’assaut contre l’État bourgeois. Ils doivent préparer les instruments que le parti utilisera concrètement pour orienter l’offensive du prolétariat dans sa phase de généralisation et de crise du système.

5- Le parti faillirait à ses tâches fondamentales – voire il serait incapable de fonctionner comme une organisation de révolutionnaires, comme un parti – s’il néglige de travailler au sein de la classe avec tous les instruments nécessaires dans la période menant à la révolution. Cela signifierait que, quand la situation est objectivement favorable, il serait non préparé et isolé de la classe ce qui aurait pour conséquence une classe désarmée et désorientée.

6- La possibilité concrète d’avancer dans l’armement du parti est naturellement étroitement liée au degré de maturation de la lutte de classe et au rapport réel dans la classe entre les révolutionnaires et les agents de l’aile gauche de la bourgeoisie. Cela ne veut pas dire que les types d’outils à utiliser ne peuvent pas être prévus dans le programme du parti. La preuve en est que les “ groupes internationalistes d’usine ” envisagés dans notre programme, et qui doivent être une partie intégrante de la plateforme du parti international dont nous voulons contribuer à la création, peuvent avoir une vie difficile aujourd’hui, mais en d’autres temps ils ont eu une énorme importance (de 1945 à 1948 par exemple). Leur tâche n’est pas simplement “ d’inciter à la lutte au niveau économique ” comme certains camarades semblent le croire, mais de transmettre à la classe les principes politiques généraux du parti en solidifiant une couche sympathisante de la classe et en créant un point de référence pour les luttes révolutionnaires futures. La difficulté de la situation présente, le bas niveau de la conscience de classe, se reflète dans la difficulté énorme pour renforcer et étendre ce réseau ouvrier. Mais si nous oublions ce point dans le programme, en le repoussant à des temps meilleurs, nous nous rendrions nous-mêmes incapables de mener à bien nos tâches au moment favorable car nous manquerons du cadre et de l’expérience que le parti peut seulement développer au travers d’une présence longue et combative dans la classe ouvrière.

7- Parmi les instruments dont le parti doit se doter avec son travail envers la classe et envers la révolution, le réseau de groupes d’usine est le plus urgent et le plus important. Mais d’autres doivent être étudiés et préparés [1] même si ils ne semblent pas être déjà nécessaires en raison de la faiblesse numérique des révolutionnaires et de la situation politique défavorable. Par ailleurs, d’autres organisations comme les “ jeunesses communistes ” doivent être considérées comme des produits d’une phase antérieure à la fois dans la société bourgeoise et dans le mouvement révolutionnaire et sont donc maintenant superflues.

8- Nous réaffirmons donc le principe qu’il n’y a pas de parti de classe sans les instruments qui lient réellement l’organisation centrale du parti à la classe ; ceux qui sous-estiment ou dénient cette affirmation ne travaillent pas pour le parti.

II.

1- Le rapport dialectique entre la classe et son parti ne doit pas disparaître ou passer par des changements qualitatifs durant la prise du pouvoir et la construction du “ semi-État ” prolétarien. Les deux sont possibles à la condition que la classe soit concentrée et unie autour de cet objectif.

2- Le “ semi-État ” prolétarien sera caractérisé par la forme soviet découverte par le prolétariat lui-même durant l’expérience de la révolution russe. La disparition graduelle des classes menée à bien par le mouvement révolutionnaire pratique des masses prolétariennes s’accompagnera de la production massive de la conscience communiste et, par suite, de la disparition progressive du parti.

3- En aucune manière, le parti identifiera sa propre structure avec la structure de “ l’État des ouvriers ” mais remplira son rôle comme guide politique aussi longtemps que la classe reconnaîtra ses propres intérêts dans les orientations qu’il défend.

4- La nécessité pour les groupes de la Gauche communiste d’approfondir leur compréhension des problèmes de la période de transition doit commencer par l’affirmation claire et fondamentale que sans le parti, il ne peut y avoir de révolution et de dictature prolétarienne tout comme il ne peut y avoir de dictature prolétarienne et d’État des ouvriers sans les conseils ouvriers.

Parti Communiste Internationaliste (Battaglia Comunista), Octobre 1978

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Notes:

[1. Cela a été écrit il y a 38 ans et depuis lors la restructuration de la classe ouvrière durant les 30 dernières années a aussi amené à organiser dans des localités ce que nos camarades italiens appellent “ groupe territoriaux ”. La CWO elle-même a développé des expériences avec des groupes qui combattent autour de thèmes comme “ Non à la guerre, guerre de classe ” [No War but the Class War] durant la guerre d’Irak. Il faut souligner que cela n’est pas une tentative “ d’organiser la classe ” (comme le CCI le disait en 1978) mais d’organiser les révolutionnaires et d’élargir leur impact au sein de la classe [note de la CWO].