Révolution ou guerre n°24

(Mai 2023)

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Suite de la correspondance avec Bilan & Perspectives (TCI) : Les syndicats ont-ils un « rôle social » vis-à-vis du prolétariat ? Quelle fut l’action politique effective des syndicats dans la vague de grève au Royaume Uni ?

Suite à notre lettre du 16 février portant des observations critiques sur des points secondaires, les camarades de Bilan et Perspectives nous ont envoyé un courrier. Nous le publions ci-après. Dans la mesure où il soulève d’autres questions à débattre et des positions à confronter qui devraient intéresser l’ensemble du camp prolétarien, nous le faisons suivre de nos propres commentaires.

Réponse de Bilan et Perspectives (20 mars 2023)

Bilan et Perspectives au GIGC,

Chers camarades,

Nous vous répondons tardivement du fait de nos obligations dans cette période de lutte. Nous vous demandons de bien vouloir nous en excuser. Bien sûr, nous sommes « intéressés de connaître vos critiques et commentaires » sur nos interventions au cours du mouvement social contre la contre-réforme des retraites. Nous saluons encore votre volonté d’intervenir en commun et de pointer nos accords et divergences ; ce sont des appuis très précieux pour la défense et la diffusion des positions qui nous sont communes. Pour en venir au contenu de votre correspondance, vous nous faites deux critiques essentielles par rapport à nos tracts dans cette période.

La première porte sur le fait que la « guerre impérialiste est présentée dans votre tract comme un élément au même titre que la crise », écrivez-vous.

Et justement nous soulignons et confirmons notre position, contrairement au GIGC. Les situations politiques ne sont jamais blanches ou noires, mais multi-colores. Il y a effectivement des phénomènes plus déterminants que d’autres mais ils ne sont jamais uniques ni exclusifs dans les situations. Il y a des faisceaux de causes. Par conséquent, nous estimons que la crise est aussi à prendre en compte dans la situation présente. L’on aurait pu également souligner que c’est la crise économique qui précipite les Etats capitalistes vers la guerre. Mais laissons là cet aspect de la question. Les effets majeurs de la crise du système, illustrée récemment par la débâcle de la Silicon Valley bank et ses répercutions dans le système financier, ne vont pas cesser loin s’en faut. Si cette débâcle s’approfondit, l’on va voir d’autres conséquences rejaillir d’abord sur le terrain de l’économie de guerre et ensuite dans les affrontements géo-stratégiques.

Nous vous engageons par conséquent à ne pas simplifier l’analyse politique et argumenter celle-ci sur la base des faits. Comme vous le signalez, « la divergence est mineure et ne change rien au positionnement de classe et... d’avant-garde politique effective de votre prise de position ». Pour autant, nous ne comprenons pas en quoi la guerre en Ukraine serait un « facteur premier, certes non unique, dictant les attaques économiques, politiques, idéologiques et répressives de chaque bourgeoisie nationale », par rapport au capitalisme dont la crise de reproduction semble se généraliser dans toutes ses dimensions (sans exclure, par exemple, la question de l’environnement).

La deuxième critique porte sur la question syndicale.

On peut lire à ce sujet dans la plate-forme de la TCI : « Les syndicats sont des organes de médiation entre le capital et le travail. Ils sont apparus dans l’histoire comme des organes de négociation du prix de la force de travail. Ils n’ont jamais été ni ne sauraient donc être des instruments permettant de renverser l’État bourgeois. À l’époque impérialiste, les syndicats – quelle que soit leur composition sociale respective – sont des organisations qui travaillent à la préservation du capitalisme, tout particulièrement dans les moments cruciaux où celui-ci est menacé » [1].

On peut également lire dans la brochure Pour le Communisme le point de vue suivant : « Les syndicats ne trahissent rien ni personne et encore moins eux-mêmes. Lorsque qu’ils sabotent les luttes, nous mènent en bateau, et se rendent ainsi indispensables au capital en tant que facteur de négociation et de l’ordre, ils ne font qu’agir logiquement et de façon cohérente avec leur objectif initial, c’est-à-dire négocier les conditions de vente de la force de travail avec les capitalistes et au même titre que ceux-ci (…) Nous n’incitons pas à la construction de nouveaux et meilleurs syndicats qui, tôt ou tard, aboutiront aux mêmes politiques de représentation que les anciens. Les organisations économiques permanentes de la classe ouvrière ont pour rôle d’entamer des négociations avec les capitalistes en acceptant par ce fait-même les règles et les lois du système d’exploitation. Au mieux, ce genre d’expérience ‘’syndicaliste’’ ne fait que répéter l’histoire des 200 dernières années en accéléré. L’objectif principal est de comprendre une fois pour toutes que toute action syndicale est réglementée et fixée par l’État, cette entité est aliénante ; elle subordonne en permanence la résistance et la combativité ouvrières au droit et à l’ordre bourgeois » [2].

Aussi reconnaissons-nous pleinement, comme vous, que les syndicats sont des organes de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière. Comme vous, nous « considérons les syndicats comme des organes à part entière de l’État capitaliste, à vocation et fonction politiques anti-ouvrières et contre-révolutionnaires. » Pour autant cela n’exclut pas, et même cela implique d’après nous, qu’ils soient capables de jouer en milieu ouvrier un rôle de médiation. Comment pourraient-ils sinon conserver leur influence et finalement encadrer le prolétariat, sinon en tenant avec un minimum de succès ce rôle ? Par là, nous vous suggérons d’aller plus loin que la simple affirmation correcte selon laquelle les syndicats sont un pilier de l’État bourgeois, pour identifier les conditions qui fondent leur pouvoir dans la classe. C’est bien cela le cœur de la question. Et c’est bien parce qu’ils tentent de faire croire qu’ils peuvent la défendre et lui apporter des améliorations dans ses conditions de vie qu’ils ont encore le moyen de la tromper et de la mystifier.

Une nouvelle fois, nous vous engageons, camarades, à ne pas simplifier les questions. Quand on a compris une chose, le rôle des syndicats, il faut encore voir comment ils agissent et surtout ce qu’il faut dénoncer dans leurs agissements à un moment donné. Il y a le rôle d’« assistante sociale » d’une part, et dans la lutte, le rôle de diviseur pour entraîner la lutte dans des impasses, d’autre part. Il est plus facile de dénoncer le rôle de diviseur dans les luttes car tous les travailleurs peuvent le constater de visu. Il est plus difficile de dénoncer leur rôle d’« assistante sociale » au niveau individuel ou collectif dans les conventions ou accords collectifs de travail. C’est là où ils tentent de conserver encore quelques forces.

Force nous est de constater que le crédit des syndicats auprès du prolétariat est certes entamé, mais pas nul pour autant. Leur capacité de direction dans le mouvement actuel nous le rappelle. Nous posons alors la question : si les syndicats n’étaient que des organes purement extérieurs à la classe, pourquoi celle-ci leur accorderait-elle encore en partie sa confiance ? Cette vision ne peut conduire qu’à une compréhension idéaliste de la question, où les tromperies et mystifications sont le facteur dominant ; du même coup, la classe ouvrière apparaîtrait bien stupide de lier son sort à des organes dont toute l’expérience la conduit à la défaite.

Sur ces deux points, nous souhaitons au contraire vous amener à réfléchir sur la solidité de vos analyses et de votre argumentation, qui ne peuvent conduire de notre point de vue à des conclusions politiques réellement fondées. Elles rappellent pour tout dire les analyses simplificatrices et limitées de la décadence ou la décomposition (qui reste encore plus incompréhensible). Nous ne nions pas la décadence du capitalisme, mais elle est insuffisante pour comprendre l’évolution du capitalisme, sous peine d’idéalisme. Il faut donc prendre en compte tout un panel d’événements sous d’autres angles, paramètres, etc.

Vous disiez que vos critiques n’étaient que des «  observations critiques » secondaires. Pour notre part nous pensons que des différences de méthodes existent dont nous pouvons débattre. Elles soulèveraient de véritables divergences, si vous n’y prenez garde.

Bien fraternellement,

Bilan et Perspective, TCI, 20 mars 2023

Notre réponse du 30 mars 2023

Le GIGC à Bilan et Perspectives,

Chers camarades,

Nous vous remercions pour votre réponse qui permet « de pointer nos accords et divergences ; (…) appuis très précieux pour la défense et la diffusion des positions qui nous sont communes. », comme vous le dîtes, ô combien, à raison. Nous rajouterons que nos débats et nos échanges doivent être compris comme des moments du processus menant à ce que le parti de demain puisse adopter le programme le plus clair possible ; et qu’il puisse bénéficier au maximum des expériences antérieures afin de développer aussi rapidement que possible ses capacités d’intervention et de direction politique dans la lutte des classes et la tourmente historique qui vient. Répétons-le, pour nous, les points de divergences que nous abordons dans notre correspondance sont d’ordre secondaire. Au point que certains pourraient, et sans doute en est-il ainsi à un degré ou à un autre, traverser chacune de nos deux organisations.

À la vérité, nous ne sommes même pas sûrs que le premier point – celui touchant sur la guerre impérialiste devenue ou non le facteur déterminant de la situation historique – marque une véritable différence entre la TCI et le GIGC. Voilà pourquoi nous avons cité dans notre courrier un extrait de la plateforme de la TCI et d’un article de Battaglia comunista que nous reprenons à notre compte. Les deux, nous semble-t-il, soulignent à raison que l’affirmation croissante de la dynamique vers la guerre impérialiste généralisée – et non la guerre en Ukraine en soi comme vous l’avez repris et compris à tort – « se matérialise par l’attaque généralisée contre les conditions de vie et de travail du prolétariat. » Pour notre part, nous disons qu’elle tend chaque fois plus à « déterminer » les attaques menées par la bourgeoisie contre le prolétariat selon les moments et les pays. Nous pouvons dire qu’au moins jusqu’à la crise du Covid, les attaques de chaque bourgeoisie contre le prolétariat étaient – globalement et sans exclure qu’il ait pu y avoir d’autres facteurs intervenant selon les situations – déterminées ou dictées en premier lieu par la défense du capital national face aux rivaux d’abord et avant tout, non uniquement, au plan de la concurrence économique. Depuis, et encore plus depuis la guerre en Ukraine, chaque capital national tend (et seulement tend) à définir ses politiques « économiques » et ses attaques contre le prolétariat, non plus simplement et uniquement pour la défense de la compétitivité du capital national face à ses rivaux, mais pour les besoins de la dynamique vers la guerre impérialiste généralisée au moyen du développement d’économies de guerre comme l’a dit le président français Macron. Par exemple, cela requiert des politiques de relocalisation des biens dits essentiels afin de ne plus dépendre des rivaux impérialistes, quitte à payer plus cher dans l’immédiat la force de travail. Il convient donc de saisir ces bouleversements d’ordre économique aussi bien que politique, comme ceux des années 1930 avec le New Deal et le Front Populaire, dans toute leur ampleur et leurs implications afin de développer au mieux notre intervention dans la classe et ses luttes.

La question syndicale marque une divergence réelle entre la TCI et le GIGC. Elle n’est ni de principe, ni fondamentale. Néanmoins, elle peut impliquer des différences d’analyse du développement de la lutte des classes et donc aussi dans l’intervention immédiate, comme nous allons le souligner par après. « Les syndicats sont des organes de médiation entre le capital et le travail », dit la plateforme de la TCI. Nous rejetons cette position sur les syndicats médiateurs. Pour notre part, notre plateforme et nos positions de base défendent que « les syndicats comme un tout, direction comme sections de base, sont des organes à part entière de l’État bourgeois en milieu ouvrier. Ils visent à maintenir l’ordre capitaliste dans ses rangs, à encadrer la classe ouvrière et à prévenir, contrer et saboter toute lutte prolétarienne, en particulier toute extension, généralisation et centralisation des combats prolétaires. » (Positions de base du GIGC) [3] Cette différence ne nous a pas empêché de développer les mêmes orientations et mots d’ordre lors de la mobilisation ouvrière en France de ce début 2023. Par contre, il n’en fut pas ainsi cet été lors du début de la vague de grève au Royaume Uni face à l’inflation.

Les syndicats et l’assistanat social ?

Mais avant d’aborder directement ce point, relevons rapidement la distinction faite dans votre lettre entre les syndicats « organes à part entière de l’État capitaliste » – position en soi que vous partagez avec nous – et leur « rôle d’assistance sociale » [4] pour fonder la position sur ce rôle médiateur des syndicats. Ce rôle expliquerait pourquoi « la classe (…) leur accorderait (…) encore en partie sa confiance. » Acceptons un moment votre terrain, celui de l’assistanat social accompli à l’occasion par les syndicats « au niveau individuel ou collectif dans les conventions ou accords collectifs de travail. »

Au niveau individuel, que tel ou tel syndicat ou délégué syndical joue le rôle d’assistant social, aide ou défende un travailleur individuel en telle ou telle occasion, n’a qu’un effet tout limité, insignifiant, dans le « crédit des syndicats auprès du prolétariat. » Tant mieux pour lui ou elle si le délégué syndical, ou encore l’assistante sociale, voire le RH, résout son problème particulier. Mais, le car de police amenant en urgence un blessé de la route à l’hôpital change-t-il le degré de confiance du prolétariat, comme force collective, dans la police bourgeoise ? De plus, l’argument nous semble politiquement confus. En effet, il fait du travailleur individuel et atomisé, ayant un problème personnel, un élément, voire une expression, du rapport de force entre les classes. [5] Or le rapport classe-syndicats, ou plus largement classe-État, est défini et doit être compris comme celui du prolétariat corps collectif, y compris dans les cas les plus isolés ; à savoir qu’il doit inclure ce même travailleur individuel dans le collectif en lutte, ou potentiellement en lutte, de son lieu de travail. Et, par expérience individuelle et militante, nous pouvons vous assurer que même le travailleur, souvent parmi les plus démunis et souffrant particulièrement de l’atomisation sociale, ayant dû faire appel à une aide sociale quelconque, se retrouve tout « différent », y compris dans son rapport à l’assistance sociale ou au délégué syndical qui l’ont aidé, lorsque son lieu de travail se retrouve dans une lutte collective dans laquelle il peut lui même participer et dont il peut se sentir partie-prenante – ne serait-ce que parce qu’elle brise, ou tend à briser, son atomisation sociale quotidienne.

Le deuxième argument, au niveau collectif, laisse à entendre que les syndicats garderaient leur crédit auprès des travailleurs par ce qui serait obtenu dans les accords collectifs d’entreprise. « Comment pourraient-ils sinon conserver leur influence et finalement encadrer le prolétariat, sinon en tenant avec un minimum de succès ce rôle [de médiation]  ? » Et à l’appui, vous citez une brochure de la TCI, Pour le communisme. Mais précisément, un autre passage de cette brochure affirme que les syndicats ne sont plus des outils efficaces, même a minima, pour la défense des intérêts immédiats, de base dit la brochure, des prolétaires : « aujourd’hui, nous ne pouvons plus que constater la faillite absolue des syndicats à défendre ne serait-ce que les intérêts de base des travailleurs et des travailleuses. » (nous soulignons) Nous partageons totalement cette position de la TCI. Et la réalité, en particulier dans les pays anglo-saxons où les accords d’entreprise sont institutionnalisés, est que très souvent, lorsqu’ils sont combatifs, les travailleurs rejettent les accords négociés par les syndicats. Ainsi, loin d’être facteur de crédibilité des syndicats, ces négociations sont bien souvent facteur de décrédibilisation et de dénonciation des syndicats. Et c’est bien ce que les communistes doivent souligner.

Les dangers de la position sur le rôle de médiation des syndicats

Abordons maintenant la divergence de fond avec la TCI, pas uniquement B&P, qu’il convient de confronter et de clarifier au mieux en l’exposant et la discutant. Nous nous doutons bien que nous ne convaincrons pas ici la TCI, ni les camarades de B&P en particulier, du caractère erroné de cette position et nous partageons son souci de ne pas entrer dans « des polémiques vaines », danger dont il faut toujours se garder. Pour autant, cela ne nous interdit pas d’en débattre, en particulier en relevant les implications politiques de nos positions. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons, chacun à partir de nos positions respectives, clarifier et préciser celles-ci et nos propres interventions. Si nous avons partagé l’analyse et les mêmes orientations d’intervention au point d’intervenir ensemble dans la mobilisation prolétarienne en France, il n’en va pas de même pour la compréhension de la dynamique de luttes ouvrières au Royaume Uni depuis l’été dernier.

Dès le mois d’août, nous pensions qu’il fallait intervenir directement et sans attendre en appelant les prolétaires du pays à rejoindre les grèves en cours [6], en particulièrement les grèves sauvages, et à les reconduire sans attendre les journées d’action planifiées par les syndicats. Les camarades de la CWO pensaient au contraire qu’il convenait d’attendre que la situation mûrisse et, donc dans les faits, l’automne chaud que les syndicats britanniques annonçaient. [7] Une des raisons de cette différence d’appréciation, outre peut-être des expériences pratiques différentes d’intervention en tant qu’avant-garde et direction politiques de parti, est due à nos positions respectives sur la question syndicale et à la compréhension, ou analyse, des luttes ouvrières qui peut en découler. Voilà comment les Notes sur la vague de grèves au Royaume Uni [8] rédigées par la TCI nous présentent la dynamique des luttes ouvrières de l’été dernier :

« Sans aucun doute, la principale force motrice immédiate [de la vague de grève au Royaume Uni] fut la hausse du coût de la vie associée à la stagnation des salaires. (…) De plus, la pénurie de main d’œuvre post-pandémique devait faire pencher la balance sur le marché du travail en faveur des demandeurs d’emploi. Un marché du travail plus serré signifie généralement plus de pouvoir de négociation pour les travailleurs. La direction syndicale a ressenti cette opportunité et en a profité pour envoyer des bulletins de grève [en fait des préavis légaux de grève après son vote par les adhérents] dans différents secteurs, en grande partie sur les salaires. Cela a touché à la fois le secteur public et le secteur privé, mais aussi principalement les lieux de travail où la densité syndicale est la plus élevée (…). Dans certaines occasions, les travailleurs ont même pris l’initiative eux-mêmes et n’ont pas attendu que le syndicat active le processus officiel. » (nous soulignons)

Or, selon nous, la réalité, réalité politique, de la dynamique de cette vague de luttes fut tout le contraire de celle décrite ici. En fait, les syndicats britanniques n’ont pas organisé des journées d’action pour saisir l’opportunité prétendument favorable du marché du travail pour négocier sur les salaires. Non, ils les ont organisé, en plein été, pour faire face à la combativité croissante prolétarienne et au surgissement de grèves sauvages. Il s’agissait pour eux, organes politiques de l’État bourgeois, de contrer cette dynamique, de la chevaucher, puis de la contrôler et de l’éteindre. Ce qui fut premier ici, politiquement, ne furent pas les appels syndicaux suivi des grèves sauvages, mais les grèves sauvages en tant qu’expressions du mécontentement et de la combativité croissante du prolétariat en Grande Bretagne. Du point de vue du prolétariat, de ses intérêts, y compris de base, et de son combat, l’appel des syndicats à des journées d’action fut une contre-offensive, ou un contre-feu si l’on préfère, face au danger – qu’il fut peu probable ou hautement probable ne change rien à l’affaire – d’une généralisation du combat de classe dans le pays.

Les camarades en concluaient qu’il fallait attendre que la situation mûrisse alors que nous pensions qu’il fallait s’appuyer sans attendre sur la volonté immédiate de lutte précisément parce que les syndicats organisaient le contre-feu des journées d’action. Penser que les syndicats puissent être aujourd’hui des médiateurs entre le capital et le travail laisse la porte ouverte à l’idée qu’ils puissent se saisir et profiter d’opportunité – comme le disent les notes – pour négocier au mieux, ici, sur les salaires. Alors, leur positionnements, leurs mots d’ordre et leur tactique d’organisation des grèves, journées d’action, leur timing, ne peuvent pas être compris, ni dénoncés et combattus, concrètement, sur le terrain même des luttes, soit comme un moment du sabotage direct, ou indirect, de celles-ci, soit comme des moments à part entière de l’offensive ou contre-offensive bourgeoise et étatique contre le prolétariat au cours même de la lutte et des grèves. Cela ne permet pas de comprendre la véritable dynamique et les véritables lieux et moments des différentes batailles en cours dans une mobilisation particulière car ce sont précisément les syndicats qui sont les vecteurs des principales batailles et enjeux concrets imposés par la bourgeoisie lors des mobilisations ouvrières.

Voilà pourquoi, avant que la contre-offensive bourgeoisie, portée principalement – pas uniquement – par les syndicats soit pleinement développée et effective, il convenait d’appeler sans attendre le prolétariat à entrer en lutte ouverte et en grève quand c’était possible ; dans le cas britannique en août (peut-être même était-ce tardif). Ce faisant, l’intervention des groupes communistes, demain du parti, se serait porté au premier rang du combat et ils auraient assumé leur rôle historique et, à la fois, concret-immédiat de direction politique du prolétariat. Ce faisant, le parti et le prolétariat peuvent disputer à la bourgeoisie le timing et le terrain qu’elle choisit pour attaquer ou contre-attaquer, avant tout politiquement, au cours des luttes. Ce faisant, et de manière immédiate, en reprenant les mots d’ordre avancés par les groupes communistes, le prolétariat aurait pu alors réellement profiter de l’opportunité pour développer et imposer un rapport de force qui lui soit plus favorable et, ainsi, faire que les grèves et la lutte soient plus efficaces au point d’obtenir des augmentations de salaire généralisées et un arrêt, bien sûr momentané, à la détérioration de ses conditions de vie et de travail. Car seules les méthodes et objectifs de lutte mis en avant par les communistes peuvent permettre la défense des « intérêts de base des travailleurs et des travailleuses. »

Voilà, chers camarades, ce que nous voulions partager avec vous. Nous espérons ne pas être entrés à vos yeux dans une polémique vaine ou inutile. En tout cas, ce n’est pas notre objet, ni notre intention. Ces questions et la situation historique nous obligent d’avancer au maximum dans la voie du parti de demain. Définir au mieux le rôle du parti dans les luttes en masse qui viennent et qui vont précéder-préparer les confrontations massives à venir entre les classes est de notre responsabilité.

Évidemment, les pages de notre revue sont ouvertes pour toute réponse, voire correction ou précision, que vous jugeriez utile d’apporter.

Fraternellement, le GIGC, le 30 mars 2023

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Notes:

[3 ; Nos positions de base http://igcl.org/+Nos-positions+ et notre plateforme http://igcl.org/+Plateforme-politique-du-GIGC+.

[4. Ce point tout particulier vaut la peine d’être abordé, même si nous le considérons comme totalement secondaire, en particulier à destination des pays à système syndical type closed-shop, souvent anglo-saxon, où il faut être syndiqué pour être embauché ou encore où les syndicats gèrent les systèmes de santé ou d’assurance sociale.

[5. Au mieux, il peut en être une expression toute particulière et limitée, mais nullement un facteur en tant que tel.

[6. Nous vous renvoyons à notre tract du 20 août 2022 : http://igcl.org/Dynamique-de-greves-sauvages-au