Révolution ou Guerre n°15

(16 mai 2020)

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Premier mai 2020 – Contre le virus du capital (Tendance Communiste Internationaliste)

Nous reproduisons ci-après la prise de position de la TCI sur la situation actuelle à l’occasion du 1er mai. Nous sommes en accord profond avec ce document au point que nous le faisons nôtre. Si nous le pouvions, c’est-à-dire s’il n’y avait pas de confinement, nous diffuserions aussi massivement que possible cette prise de position. La traduction française qui suit a été réalisée par nous à partir de la version italienne originale (le GIGC, le 1er mai.).

Contre le virus du capital (TCI)

Il est déjà arrivé que le prolétariat mondial se présente au rendez-vous du 1er mai dans des situations dramatiques : lorsque la guerre impérialiste mondiale l’obligeait à tuer, mourir et produire pour son ennemi de classe – la classe capitaliste – ou lorsque la bourgeoisie déchaînait (et déchaîne) sa propre machine répressive pour écraser ses luttes visant à rendre l’exploitation moins dure, à rendre les chaînes de l’oppression capitaliste un peu moins lourdes.

Cette année, la classe ouvrière, notre classe, ne pourra pas descendre dans la rue et, dans de nombreux cas, ne pourra même pas recourir aux méthodes habituelles de lutte (piquets, occupations, manifestations) à cause d’un ennemi sournois, apparemment sans rapport avec les rapports sociaux capitalistes : le coronavirus. En réalité, ce virus est fils légitime de la société bourgeoise, comme les guerres ’localisées’ qui martyrisent des millions de personnes, comme les émigrants en quête d’une vie moins misérable, comme les réfugiés contraints de fuir et de survivre dans des conditions inhumaines, comme la catastrophe écologique qui frappe les êtres vivants de la planète. La relation entre les bouleversements climatiques, la prédation des derniers espaces naturels et la propagation de ’nouveaux’ agents pathogènes est désormais un fait établi par la grande majorité des scientifiques, du moins ceux qui ne sont pas totalement asservis au pouvoir. C’est dans ce contexte, résultant totalement du capitalisme, que naît la nouvelle pandémie.

L’épidémie de coronavirus frappe le monde entier. Elle a bouleversé des structures sociales et économiques qui semblaient immuables. Brutalement et dramatiquement, elle a mis à nu le vrai sens des relations entre les humains dans cette société basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme pour le profit.

Des millions de travailleurs sont confrontés à un système de santé qui a été désorganisé et démantelé par des années et des années de restrictions. C’est pire encore là où, comme dans les pays dits émergents, aucun système de santé décent n’a jamais existé. Dans ces pays, l’exploitation ne dispose même pas de ces faibles amortisseurs – même si attaqués depuis longtemps – qui existent en ’Occident’ et le travail précaire, le sous-emploi, les salaires de misère – bref, l’exploitation du type "XIXe siècle" – sont la règle. Mais c’est tout aussi dramatique dans ces pays qui, comme les États-Unis, bien qu’étant les centres du capitalisme "avancé", laissent des millions et des millions de prolétaires sans soins de santé dignes de ce nom, parce qu’ils sont précaires, avec des salaires trop bas pour payer une assurance privée. Sans parler des "invisibles", des immigrés super-exploités et sans permis de séjour – une armée qui se compte en millions de personnes dans le monde – qui sont essentiels pour de nombreux secteurs de l’économie (par exemple l’agriculture) et dont beaucoup sont au chômage, sans allocations de chômage, sans possibilité d’accès, en général, aux soins médicaux.

Le tableau général qui se dégage est celui d’un système de santé qui n’est pas en mesure de prendre soin de tout le monde et qui choisit donc de ne pas traiter les personnes âgées, celles qui, jusqu’à présent, ont donné le plus grand nombre de victimes. Des victimes sacrifiées dans un système qui, d’autre part et sans aucun problème, considère qu’il est légitime de faire travailler une grande masse de personnes jusqu’à 67-70 ans. L’attaque sur les salaires indirects (services sociaux et de santé) et des salaires différés (réduction des pensions et allongement de l’âge de la retraite), là où l’’État-providence’ existait et existe encore, doit fournir de l’essence au moteur asphyxié de l’économie capitaliste : peu importe l’ampleur des souffrances et des sacrifices que la classe ouvrière mondiale doit endurer, tant que ce système d’exploitation reste en place.

Des millions de personnes, de travailleurs, ont été et sont contraints d’aller travailler tous les jours, dans de très mauvaises conditions hautement nocives. Dans ces contextes, dans ces unités de production, tout discours sur la dangerosité de l’épidémie s’efface derrière les intérêts des patrons, de leurs valets, en faveur du seul objectif reconnu comme réellement légitime par ce système : le profit.

Jamais autant qu’en temps de crise, et encore plus, jamais autant qu’aujourd’hui où la crise historique du capital est énormément amplifiée par la pandémie, l’incompatibilité entre les intérêts des capitalistes et de la classe ouvrière n’est apparue aussi évidente. Jamais autant la question fondamentale n’a été aussi clairement posée : la vie contre le profit.

Ce système, tant dans la période présente que sur le long terme, prétend que nous sommes tous égaux en tant que citoyens face à la santé. La réalité actuelle montre que ce n’est pas le cas. Pour les travailleurs, il n’y a pas d’égalité même face à la maladie et à la mort. La crise du Coronavirus va faire pleuvoir de lourdes mesures sur la classe ouvrière, délivrées au nom de l’urgence et de la nécessité de tous (?) nous sacrifier, parce qu’il n’y a qu’un seul bateau et qu’il doit être sauvé, en oubliant de dire, comme d’habitude, que dans ce bateau il y a ceux qui rament et ceux qui battent le tambour.

La crise du coronavirus souligne dans quel état se retrouve le système capitaliste après tant d’années et si la pandémie devait durer plus longtemps, les choses deviendraient encore bien pires. Les effets de rebond que les habituels ’gourous’ de la finance attendent depuis le début du quatrième trimestre 2020 sont une pieuse illusion. Les statistiques fournies à cet égard sont une projection fondée sur rien, comme les analyses sur l’évolution positive de l’économie mondiale avant la crise de 2008, qu’aucun des analystes n’avait prévue, à de très rares exceptions près. De nombreux analystes prévoient une réduction de 10 à 15 % du PIB mondial d’ici à la fin de 2020, avec des centaines de millions de prolétaires supplémentaires au chômage ou sous-employés. La reprise économique, s’il y en a une, ne se produira pas avant longtemps et ne sera que temporaire et sans solution à la crise dans cette phase de décadence du système économique capitaliste. Même si, par hypothèse et avec beaucoup de chance, le spectre du Covid-19 devait passer, rien ne reprendra comme avant.

La Chine est économiquement à genoux ; les derniers chiffres indiquent qu’elle subit sa première chute de PIB depuis un demi-siècle. Les États-Unis sont criblés de dettes et de déficits et, en l’espace de trois semaines, de fin mars à début avril, 26 millions de travailleurs se sont inscrits pour bénéficier des allocations de chômage. Et ce n’est que le début. De plus, l’apparente prospérité de l’économie américaine ne repose que sur la suprématie du dollar et de l’armée la plus puissante du monde. La moitié de l’Europe, même avant la pandémie, était en récession technique, y compris l’Allemagne, les signes d’un ralentissement de l’économie mondiale étaient déjà présents depuis l’année dernière, et l’avenir est de plus en plus gris.

L’argent frais que la BCE et la Réserve fédérale (quelque mille milliards de dollars chacun), et d’autres États sont censés débourser, gonflera les coffres des banques et très peu les entreprises. Les bulles spéculatives se poursuivront tant que les taux de profit des entreprises resteront trop bas pour justifier de nouveaux investissements ; avec les exceptions habituelles, telles que les grands acteurs, qui bénéficient de l’intervention de l’État lorsque le financement bancaire est insuffisant.

Mais les taux de profit, au-delà des fluctuations inévitables, ne sont pas destinés à augmenter si ce n’est, à court terme, au prix d’une surexploitation énorme du prolétariat international. La surexploitation basée sur l’allongement de la journée de travail, l’augmentation des taux de production, la limitation des salaires et la réduction des pensions. Opérations déjà en cours, mais pas encore en termes suffisants.

Parmi les plus frappés par la pandémie, outre les plus âgés, outre les travailleurs de la santé et ceux qui sont les victimes directes de l’affaiblissement du système de santé, assassinées par le capitalisme, on trouve les ouvriers des usines, les secteurs les plus opprimés de notre classe, ceux qui, en plus de l’exploitation ’normale’, doivent subir l’oppression raciste de la bourgeoisie, ceux qui occupent les emplois les plus précaires, les plus soumis au chantage et les moins bien payés. Ce n’est pas un hasard si les ’foyers’ de l’épidémie ont particulièrement explosé là où les patrons ont obligé et obligent les prolétaires à travailler, quitte à multiplier énormément les possibilités de contagion, parce qu’il est impossible ou très difficile d’éloigner les gens les uns des autres ou que les mesures de protection sont insuffisantes ou inexistantes. Les quartiers prolétariens de New York, certaines provinces industrielles du nord de l’Italie, sont par exemple les territoires où la pandémie fait le plus de victimes.

Cependant, le monde des affaires, indifférent au massacre en cours, fait pression pour un retour à la ’normalité’ dès que possible, c’est-à-dire à la production de plus-value dans toutes les entreprises, au détriment de la santé de ceux qui se trouvent à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur des lieux de travail. Nous nous attendons donc à ce que les travailleurs se remettent en lutte pour défendre leur vie et la santé de tous. La mobilisation des travailleurs de ces dernières semaines, en Europe et ailleurs dans le monde, qui a obligé les syndicats à accompagner la colère des travailleurs, nous a montré comment transformer l’impuissance en résistance, en fonction des nécessités immédiates, au lieu des sacrifices au nom du profit. Mais cela ne suffit pas. Il faut dès aujourd’hui, et dans toutes les situations, lier la nécessaire défense de la santé des travailleurs à la perspective d’une société alternative à celle d’aujourd’hui, un nouveau modèle social qui ne mette plus en conflit la production avec la santé humaine, avec les délicats équilibres environnementaux déjà abondamment affectés par la rapacité destructrice du capital. Le contraste entre le bien-être, la santé collective, la protection de l’environnement et la logique du profit n’a jamais été aussi net qu’aujourd’hui. Sinon, la solution sera une guerre généralisée, qui détruit tout en donnant au système capitaliste l’espace économique pour un nouveau cycle d’accumulation.

Le véritable virus qui nous attaque est le capitalisme. Lutter contre cette maladie signifie construire l’alternative communiste à ce système d’exploitation et de mort. Construire une alternative communiste signifie travailler à la construction et à l’enracinement parmi les travailleurs de l’instrument politique de la lutte prolétarienne : le parti de classe, internationaliste et révolutionnaire, la future Internationale...

Nous avons toujours été engagés dans cette tâche, aujourd’hui plus que jamais, car la situation change brusquement et le temps presse.

Il y a une alternative à ce système. La construire appartient à tous ceux qui en ont assez d’être exploités et usés par le capitalisme. Préparons-nous à notre rendez-vous avec l’histoire.

Tendance Communiste Internationaliste, le 1er mai 2020.

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